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Conséquences diplomatiques et sécuritaires

By CIS

L’annexion accroitra encore plus la légitimité d’actions violentes par des groupes palestiniens, conduisant à une augmentation immédiate d’attaques terroristes en Cisjordanie et à Gaza.

Maj. Gén (Ret.) Gad Shamni
Secrétaire militaire auprès de deux premiers ministres
Directeur du Commandement Central de Tsahal et Attaché à la Défense à Washington

 

Liberal / 07 janvier 2019

La coopération dans le renseignement et l’opérationnel avec les agences de sécurité de l’Autorité Palestinienne constitue un élément essentiel pour contrecarrer le terrorisme et sauvegarder l’ordre public en Cisjordanie.  Les Etats Unis et la Jordanie se sont impliqués dans l’entrainement , l’équipement et l’amélioration des forces palestiniennes depuis 2007. Sous le commandement d’un général américain, cette action a grandement contribué aux standards professionnels et opérationnels de ces forces. Forces qui ont été saluées par l’armée israélienne et l’agence de sécurité intérieure (Shin Beth) comme des partenaires à part entière.

Les Palestiniens interprèteront l’annexion, même d’une partie de la Cisjordanie, comme une décision d’Israël d’empêcher l’établissement d’un état Palestinien avec comme résultat de nuire à la coopération qui est déjà impopulaire au sein de la population.

La pression du public et des familles de policiers palestiniens conduiront ces derniers à déserter poussant ainsi des forces bien entrainées et compétentes dans l’utilisation d’armes et de techniques de guerre à rejoindre des groupes criminels et terroristes – dans certains cas pour des raisons économiques. (de la même façon que des soldats ont rejoint l’E.I. suite au démantèlement de l’armée iraquienne).

L’annexion accroitra encore plus la légitimité d’actions violentes par des groupes palestiniens, conduisant à une augmentation immédiate d’attaques terroristes en Cisjordanie et à Gaza.

Face à un tel scénario Tsahal devra renforcer substantiellement – si pas doubler- ces forces et son déploiement en Cisjordanie.

Des barrages routiers apparaitront un peu partout en Cisjordanie, la circulation sera réduite et divisée et l’économie palestinienne s’effondrera provoquant une augmentation de la violence.  Sans frontière ni politique frontalière, les zones palestiniennes d’habitations dans la partie annexée deviendront des bases pour des attaques terroristes.

Ces développements obligeront l’armée israélienne à reprendre le contrôle de villes et villages dans les zones A et B, et probablement en menant des campagnes militaires.

Trois à cinq divisions de l’armée seront nécessaires impliquant le rappel de 30.000 soldats de réserve.

La légitimité de l’Autorité Palestinienne en prendra un coup, menant probablement à son effondrement soit par décision de ses dirigeants soit suite à un soulèvement populaire.

Cette situation nécessitera le rétablissement de l’administration militaire pour gérer le quotidien de 2,6 millions de palestiniens. De sévères restrictions de mobilité seront imposées aux palestiniens et aux juifs vivant en Cisjordanie afin d’éviter des heurts entre les deux populations et les dégâts en conséquence.

L’annexion de la zone C créera une nouvelle frontière de 1787 km avec le reste de la Cisjordanie. Afin d’éviter la libre circulation des palestiniens et des habitants des zones non-annexées vers les territoires annexés et de réduire le risque pour les juifs vivant dans ces zones, il sera nécessaire de construire une barrière sur cette nouvelle frontière. Sa construction coûtera 27 milliards NIS et 4 milliards NIS d’entretien annuel.

Il faudra deux fois plus de soldats et de policiers pour assurer la sécurité et le contrôle de la circulation des palestiniens entre les villes et villages séparés les uns des autres par la zone C. Un nouveau dispositif de circulation, de barrages routiers et de voies spéciales sera nécessaire. Israël ne peut se permettre d’en payer le coût sans avoir un impact substantiellement négatif sur la vie des citoyens israéliens.

Les forces de défense israéliennes devront se répartir pour maintenir la sécurité en Cisjordanie, ce qui diminuerait ses capacités et sa rapidité d’action face aux défis dans le nord (Syrie, Liban et les menaces iraniennes) et dans la bande de Gaza au sud.

La nécessité d’imposer la souveraineté israélienne sur l’entièreté du territoire entre le

Le Jourdain et la Méditerranée et d’appliquer la loi et les règles d’Israël sur des millions de palestiniens obligera l’armée à affronter des années de violence.  On peut en attendre  un lourd tribu et voir le sang couler des deux côtés. La légitimité internationale d’Israël en serait atteinte et cela aboutirait à une reconnaissance éventuelle de la nécessité d’une séparation douloureuse.

En prenant des mesures judicieuses cette séparation peut commencer maintenant.